Il arrive, elle le voit, elle le veut
Et ses yeux font le reste
Elle s'arrange pour mettre du feu
Dans chacun de ses gestes
Après c'est une histoire classique
Quelle que soit la fumée
Quelle que soit la musique
Elle relève ses cheveux, elle espère qu'il devine
Dans ses yeux de figurine
Il s'installe, il regarde partout
Il prépare ses phrases
Comme elle s'est avancée un peu
D'un coup leurs regards se croisent
Après c'est une histoire normale
Le verre qu'elle accepte, les sourires qu'il étale
...
Pas la peine que je précise
D'où ils viennent et ce qu'ils se disent
C'est une histoire d'enfant
Une histoire ordinaire
On est tout simplement, simplement
Un samedi soir sur la terre
Ils se parlent, ils se frôlent, ils savent bien
Qu'il va falloir qu'il sortent
Ils sont obligés de se toucher
Tellement la musique est forte
Après, c'est juste une aventure
Qui commence sur le siège arrière d'une voiture
Il voit les ombres bleues
Que le désir dessine
A son front de figurine
Francis Cabrel - Samedi Soir Sur La Terre
Mademoiselle n’est pas très belle mais elle a ce truc qui attire l’œil. Ce soupçon de charme, cette
insouciance, cette fausse naïveté, ce sourire enfantin mêlé à ce regard responsable. Mademoiselle joue de ses charmes et boit pour se donner le courage d’aller vers les autres. Je ne veux pas
dire qu’elle est asociale, mais elle a le cœur fragile. Elle souffre de l’attachement qu’elle porte aux autres, elle souffre de leur égoïsme. Elle regarde ceux qu’elle aime vivre et décide de
vivre aussi. Pas l’inverse. Elle se laisse entraîner dans la vie comme on dérive sur la mer. Prise dans ses propres tempêtes elle ne se mêle pas de celles des autres. Mademoiselle flirte mais ne
couche pas à tous les coups. C’est une salope amoureuse, une pudique sentimentale, une ingénue séduisante, parfois panthère, parfois chaton. Elle sait qu’à l’époque où elle vit le romantisme est
dépassé. Elle regrette mais accepte.
On est samedi soir. Comme souvent Mademoiselle est de sortie. Elle s’est glissé dans une de ses jupes et à prit au hasard un haut tout simple. Si ses pieds ne portent pas de talons ce soir c’est juste parce qu’elle sait qu’il sera là et qu’il n’est pas beaucoup plus grand qu’elle. La musique est une drogue douce. Elle fait bouger ses cheveux défaits au rythme des notes. Puis au fur et à mesure que ses amis lui montrent leur générosité, il lui semble que c’est la musique qui suit le mouvement de ses cheveux. Autrefois, Mademoiselle ne buvait pas. Autrefois Mademoiselle avait confiance en elle. Autrefois, Mademoiselle n’avait pas le cœur en miette. Elle s’en souvient avec délice et il lui semble que l’alcool lui redonne cette confiance perdue, ce magnétisme naturel. Elle se trompe. L’alcool ne fait que la rendre plus accessible. Elle passe de bras en bras avec des garçons qu’elle connaît à peine et qui cherchent sûrement quelque chose. Elle les fait espérer mais n’a d’yeux que pour lui. Lui qui semble l’ignorer. Lui qui quand elle a le dos tourné la dévore. Il a un verre à main et boit sans en avoir l’air. Il a un sourire intelligent et un regard envoutant. Elle tombe dans le piège.
Ses yeux se ferment doucement. Elle écoute battre le cœur de cet homme dont elle partage le lit. Elle sait que ce moment ne durera pas. Elle sait, alors elle savoure chaque instant. Elle ne se donne pas trop. Pas trop tôt. Mademoiselle connaît la chanson. Ca commence par un regard intense, l’esquisse d’un sourire et aussitôt l’espoir d’un baiser. Et lorsque enfin les lèvres se frôlent, puis s’embrassent, c’est un frisson indescriptible qui saisi la chair, c’est une sublimation du moi, une consécration, le bout d’une quête qui nous est tombée dessus souvent par hasard. Certain appelle ça le désir, le plaisir du corps, d’autre appelle ça l’Amour. Et pour ceux qui, comme Mademoiselle, ne croient, ni en l’un ni en l’autre, c’est simplement le sentiment d’exister pour un autre que soi même, d’être vu, reconnu. C’est l’orgueil, la prétention, la détresse d’une âme qui ne reconnaît ni les plaisirs de la chair ni ceux du cœur. L’espoir aussi, qu’il existe une partie de réalité dans les mots qui recouvrent ces livres qu’elle dévore.
Elle devrait se donner à lui mais elle n’a plus le temps. Elle se glisse hors des couvertures avec une grâce féline. Elle se rhabille dans le noir avec une assurance feinte. Ses jambes la soutiennent difficilement tant son cœur tape contre sa poitrine. Elle maudit cet homme qu’elle convoite depuis plusieurs années, de la mettre dans cet état là. Elle le maudit encore plus quand il reste bien au chaud dans ses draps et qu’elle lutte pour marcher. Elle l’embrasse. Peut être pour la dernière fois. Elle le sait, elle savoure encore. Biensur elle fait celle qui s’en fout. Elle prend un air d’indifférence. Mais son cœur est au bord de la crise cardiaque et ses maudites jambes ne lui répondent plus. Mademoiselle est une émotive démesurée. Elle vit tout plus fort.
Elle sort. Manque de tomber dans l’escalier. Mais elle part comme une princesse, sans un regard en arrière. Il lui fait un signe de la main. Elle hésite à répondre mais c’est plus fort qu’elle. Elle sourit. De ce sourire magnifique qui éblouit ceux qui s’y perdent. Dans la voiture son état de s’améliore pas. Elle est partagée entre un violent désir de fuite et l’envie de retourner dans les bras de cet homme dont finalement elle ne connaît rien. Et quand elle s’étend sur son lit, le sommeil se refuse à elle. Elle sent cette solitude, autrefois son alliée, maintenant redoutée, fondre sur elle sans pitié. Elle voudrait pleurer de rage. Elle arrive seulement à calmer son rythme cardiaque. Elle se sent seule, terriblement seule. Mais elle est tellement heureuse.
Mademoiselle est en vie.